Souillac sur Dordogne, dans le Quercy - Lot, 46

Mairie de Souillac


BP 50011
5, avenue de Sarlat
46200 SOUILLAC
Tel. : 05.65.32.71.00

Horaires :

Lundi à mercredi : 9h à 12h - 13h30 à 17h30
Jeudi : 9h à 18h30 sans interruption
Vendredi : 9h à 12h - 13h30 à 16h30

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photo gabarre de la dordogne

 

      Souillac et la Dordogne : un site de confluence.

  Nombreux témoignages archéologiques signalent l'installation de groupes humains dès l'époque préhistorique aux environs immédiats de la ville actuelle. Souillac occupe en effet un site de confluence, la Dordogne recevant là les eaux de la Borrèze, un affluent de sa rive droite. En ces temps anciens, les atouts d'un tel site sont essentiels pour l'organisation de la vie quotidienne : l'eau représente un extraordinaire lieu de vie où abondent poissons mais également animaux divers venus se désaltérer ; les hommes puisent leur nourriture dans ce vivier naturel. Quand le développement de l'agriculture va les conduire à se sédentariser, l'eau se révèle encore comme une ressource vitale. A l'époque gallo-romaine, la vallée de la Dordogne se signale par des densités de population élevées qui contrastent avec le vide relatif des régions voisines : la richesse toponymique y est exceptionnelle, en particulier la multiplicité des noms en –ac qui rappellent l'existence d'un domaine gallo-romain à l'origine des agglomérations actuelles.
En liant leur destin à la Dordogne, les populations riveraines vont peu à peu faire émerger des paysages aux horizons limités mais d'une remarquable diversité qui contraste, aujourd'hui encore, avec la monotonie des grandes étendues sèches des causses voisins revêtus d'une forte couverture boisée.
 
Dans la vallée de la Dordogne comme dans bien des régions de France le plus souvent, l'histoire des premiers siècles du Moyen-Âge a laissé peu de trace. Les grandes difficultés de l'époque, invasions, maladies, épidémies désastreuses, ont conduit à un recul démographique. Dans ce contexte de désorganisation sociale, les communautés humaines se replient sur elles-mêmes et les sources écrites en particulier deviennent très rares. Pour autant, la vallée de la Dordogne n'échappe pas à l'évangélisation de l'Occident. Le christianisme quitte les régions urbaines pour explorer les campagnes les plus reculées ; les vallées deviennent alors des voies de pénétration privilégiées que gagnent les idées nouvelles. C'est ainsi qu'un moutier s'installe à Souillac en 655, mais il n'a guère résisté aux invasions de l'époque qui, elles aussi, suivent souvent les vallées. Les dernières de ces invasions sont celles des Normands qui remontent la Dordogne à bord de leurs étranges embarcations. Ils sont arrêtés avant d'atteindre Beaulieu.
 

       Souillac et la Dordogne : une intégration économique et sociale.

 
A partir du Xè siècle, les grandes invasions cessent et le renouveau carolingien se traduit par le retour de relations sociales plus ouvertes. Le développement de l'écrit en donne plusieurs exemples. Dans ce contexte plus pacifié qui accompagne l'émergence de la société féodale, l'Eglise joue un rôle majeur. C'est ainsi que des moines bénédictins venus d'Aurillac, sensibles aux avantages de cette confluence de la Dordogne avec la Borrèze, fonde à Souillac le monastère Sainte-Marie. Attractif, centre de prières mais aussi d'activités économiques au sein d'une vallée aux terres fertiles, le monastère se développe et, autour de lui, Souillac prend de l'importance, devenant peu à peu une véritable ville. L'essor général de l'Occident du XIè au XIIIè siècle permet à Souillac de valoriser sa position sur les bords d'une Dordogne qui devient le moteur d'une grande animation. Cette réalité est évidente dans plusieurs domaines.
Dans le domaine des pèlerinages qui prennent une place considérable dans l'expansion de l'Occident chrétien, la vallée de la Dordogne occupe une situation remarquable. Les pèlerins qui, depuis Vézelay, prennent la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, passent d'abord par Saint-Martial de Limoges, centre religieux culturel et artistique qui rayonne sur l'ensemble du Limousin. Puis ils se dirigent vers la vallée de la Dordogne à proximité de laquelle Rocamadour jouit d'une réputation qui s'est étendue à une large part de la chrétienté. Souillac offre alors l'opportunité d'une halte à cette pratique spirituelle du pèlerinage.
Dans le domaine économique, la Dordogne devient une artère commerciale particulièrement active à partir du XIè siècle. Son cours d'est en ouest à travers le Bassin Aquitain en fait un lien précieux et complémentaire entre les régions de la Basse Dordogne et celles de la Haute Dordogne. Les premières, dominées par la viticulture bordelaise, ont un grand besoin de bois. Les secondes en sont abondamment pourvues mais manquent cruellement de sel si nécessaire à la conservation des aliments et si présent dans les régions littorales. Or, par rapport à ces échanges qui s'intensifient le long du fleuve, Souillac occupe une place remarquable : c'est en effet le terminus d'une navigation remontante qui se fait le plus souvent par halage depuis les villes de Libourne ou Bergerac. Dès lors, un port se met en place qui génère une activité quotidienne, les mariniers débarquant ou embarquant les marchandises qui leur sont confiées. Elles peuvent l'être par des marchands de Souillac qui, prenant peu à peu de l'importance, vont oeuvrer pour que la ville obtienne le statut communal, mais aussi par ceux de Cahors qui, de l'Atlantique à la Méditerranée, s'adonnent au grand commerce depuis la fin du XIIè siècle jusqu'au milieu du XIVè. De Souillac, les marchandises débarquées prennent ensuite la route vers toutes les régions voisines.
Cette ouverture sur le monde que permet la navigation sur la Dordogne, a enfin des incidences dans le domaine de l'architecture. La vallée participe en effet à la diffusion de l'art roman et c'est Souillac qui en offre le plus beau fleuron. Le monastère se dote de l'abbatiale Sainte-Marie, achevée au milieu du XIIè siècle. Avec sa nef à trois coupoles couvertes de lauzes et surmontées d'un lanternon, elle mélange les influences romanes et byzantines. Dans tout l'Occident, en effet, les relations commerciales avec Venise sont devenues très importantes ; et la cité des Doges entretient elle-même des liens très étroits avec Byzance et l'empire d'Orient. Indice de la circulation des artisans et bâtisseurs de l'époque, on retrouve cette présence originale des coupoles à Cahors et à Périgueux.
Ainsi, au milieu du XIVè siècle, Souillac apparaît comme une petite cité prospère qui a développé ses activités autour de la Dordogne à qui elle est étroitement unie. Mais, dans le nouveau contexte géopolitique qui se met alors en place, la Dordogne devient le vecteur de bouleversements considérables et les populations riveraines en ressortent tragiquement éprouvées.
 

     Souillac et la Dordogne : un carrefour d'épreuves et de tragédies.

 
En basculant dans la guerre de Cent Ans, l'Aquitaine est devenue un terrain d'affrontements entre les armées régulières des rois de France et d'Angleterre mais aussi entre des bandes incontrôlées dans un va-et-vient d'actions confuses et violentes qui suivent le plus souvent les vallées.
En 1351, par exemple, les Anglais s'emparent de Souillac d'où ils peuvent facilement ravager les terres de la vicomté de Turenne et fermer le passage de la Dordogne. Dès lors, l'argent est trouvé pour « racheter » la ville avec le soutien des localités voisines et celui du pape originaire de Corrèze, Innocent VI. En 1353,la ville est redevenue libre … avant d'être reprise en 1356. En 1360, le traité de Brétigny reconstitue la grande Aquitaine anglaise dans laquelle se trouve Souillac. Mais la frontière n'est pas très éloignée et la Dordogne un passage stratégique ; dans cette zone de guérilla, les combats sont nombreux et recommencent à peine finis. A la guerre, il faut ajouter les famines et les grandes épidémies. C'est beaucoup d'épreuves pour une vallée plongée dans une désolation qui aboutit à une régression démographique spectaculaire. Quand la Guerre de Cent Ans s'achève, en 1453, le commerce sur la Dordogne s'est effondré et Souillac, privé de son cordon ombilical, survit en état d'anémie. Les temps sont alors à la reconstruction, nécessairement longue. Mais, dès le siècle suivant, les terres du Sud-Ouest basculent dans les guerres de religion dont les conséquences sont à leur tour considérables.
L'irruption de la Réforme protestante donne le signal d'un affrontement d'une rare violence qui commence en 1560. En 1562, Souillac tombe aux mains des protestants qui quittent rapidement la cité après l'avoir pillée. En avril 1573, elle est à nouveau prise : c'est la ruine complète de l'Abbaye dont tous les bâtiments claustraux sont incendiés. La ville, quant à elle, est livrée au pillage avant d'être libérée par des troupes catholiques. En 1577, le vicomte de Turenne s'empare à nouveau de Souillac avant d'en être délogé. Le dernier épisode de ces longs affrontements prend place en 1615 quand le duc de Rohan, gendre de Sully, vient en vain attaquer la ville.
Pour la dernière fois de son histoire, la ville est assiégée du 29 décembre 1652 au 3 janvier 1653, pendant l'épisode de la Fronde.
Si Souillac a tant souffert des guerres, elle le doit sans doute à ses liens avec la Dordogne. La présence d'une abbaye prospère rappelle sans cesse l'intérêt, déjà signalé, de ce site de confluence. Mais sa relation avec la Dordogne en fait également un point stratégique de grande importance. Dans ses « Mémoires », le duc de Rohan souligne que « Souillac était un des meilleurs passages de la Dordogne ». Plus tard, Napoléon a partagé le même avis quand il décide de faire construire un pont, achevé en 1812, pour faire passer ses armées vers l'Espagne. En effet, celui qui tient la ville, commande un axe de communication entre le Nord et le Midi ; le croisement avec la voie naturelle est-ouest du fleuve valorise un carrefour régional particulièrement intéressant. Cette situation dans laquelle la Dordogne est centrale, Souillac en a bénéficié en temps de paix et l'a subie en tant de troubles et de guerres.
 

     Souillac et la Dordogne : une activité de tous les instants.

 
La paix revenue, la Dordogne retrouve peu à peu son activité commerciale. Les allées et venues des gabarres, embarcations en bois à fond plat, animent le cours d'eau une grande partie de l'année. Le fleuve redevient alors le trait d'union qui rapproche les unes des autres les régions qu'il traverse, depuis l'Auvergne jusqu'au Bordelais. Les négociants de Souillac participent activement à ces échanges, tirant profit de la remarquable situation de la ville au-delà de laquelle, nous l'avons déjà signalé, il n'est plus possible d'acheminer les lourds bateaux en raison d'un courant difficile et d'un halage peu praticable. La cité devient ainsi un centre de ravitaillement et de redistribution sous le contrôle de ses marchands. Ces derniers forment une corporation puissante qui connaît son apogée au XVIIIè siècle. A Souillac et dans ses alentours, l'activité économique prend en compte cette vitalité commerciale de la Dordogne. Une part des productions, agricole et artisanale, est ainsi destinée à « l'exportation » par voie d'eau. Souillac devient à cette époque un grand entrepôt de sel et de denrées coloniales. Expédiées à dos de mulet, ces marchandises sont destinées à approvisionner le Haut Quercy, le Périgord, le Limousin et l'Auvergne. Les commerçants sont en même temps marchands de bois qu'ils destinent aux viticulteurs de Libourne et Bordeaux. Quant aux mariniers qui sont sur la Dordogne, ils sont « inscrits maritimes » et incorporés aux « gens de mer » à partir de Louis XVI.
A la veille de la Révolution, Souillac connaît une réelle prospérité à l'image de l'Abbaye qui tire encore ses revenus des droits seigneuriaux, en particulier d'un droit de péage sur les marchandises descendant ou remontant la Dordogne.
Au XIXè siècle, peu à peu, la navigation marchande sur la Dordogne s'est éteinte, concurrencée par le chemin de fer, puis par la route au XXè siècle. En s'industrialisant, la société s'est transformée. Et la Dordogne, après un moment de désarroi, s'est adaptée en s'ouvrant au tourisme qui s'est développé au cours du XXè siècle. Son cours est devenu un terrain de jeux nautiques et ses paysages un patrimoine particulièrement recherché comme le montre la fréquentation élevée en période estivale.
 
 
Ce bref historique montre que Souillac, depuis sa création, a étroitement lié son destin à la Dordogne. Par son site comme par sa situation, la ville s'est construite à partir du fleuve et avec lui. Il lui a apporté son ouverture sur d'autres espaces mais aussi des tragédies. Elle lui doit son existence. Elle lui doit aussi son identité. Et cela nous ramène à l'anecdote initiale qui, parce qu'elle est relativement fréquente, fait apparaître que cette identité, pourtant ancrée dans les siècles, manque aujourd'hui de lisibilité.