Souillac sur Dordogne, dans le Quercy - Lot, 46

Mairie de Souillac


BP 50011
5, avenue de Sarlat
46200 SOUILLAC
Tel. : 05.65.32.71.00

Horaires :

Lundi à mercredi : 9h à 12h - 13h30 à 17h30
Jeudi : 9h à 18h30 sans interruption
Vendredi : 9h à 12h - 13h30 à 16h30
Découvrir Souillac sur Dordogne

Découvrir un espace nouveau, c'est entrer dans un lieu chargé d'inconnu. On peut avoir peur de l'inconnu car, dépourvu de ses repères habituels, le visiteur semble égaré, parfois perdu. Mais on peut aussi avoir soif d'inconnu et écouter ce que disent les vieilles pierres, ce que suggèrent les noms des rues. Ce sont des murmures qui racontent la relation intime qui s'est nouée entre l'homme et un paysage qu'il a créé, dont il est l'habitant mais par lequel il est aussi habité. Ainsi l'histoire naît de la géographie d'un lieu.

Souillac n'échappe pas à cette règle. Pour faire connaissance avec cette petite cité du Quercy, il faut d'abord suivre les bords de la Borrèze dont la rive gauche, jusqu'à la fin du XVIIIè siècle, longeait un instant les remparts de la ville. Ce petit cours d'eau qui entre dans la cité par le nord, s'oriente franchement vers l'ouest quand il en sort, pour se jeter dans la Dordogne, non loin de là, au lieu-dit « Les Cuisines ».

Souillac est donc un espace de confluence. Mais les hommes, prudents et à l'écoute de la nature, ont pris le soin de s'installer sur une terrasse alluviale qui domine d'une quinzaine de mètres le fleuve tout proche et ses caprices. La place de la Nau, terme, qui désigne une embarcation utilisée sur la Dordogne, rappelle ainsi que des bateaux auraient été amarrés à cet endroit lors d'une forte crue.

Cette importance d'un site où l'eau, ressource vitale, abonde, s'impose avec la présence remarquable de l'abbaye. En effet, la vallée de la Dordogne dont les densités de population élevées contrastent depuis longtemps avec le vide relatif des causses voisins, grandes étendues sèches revêtues d'une forte couverture boisée, a guidé l'évangélisation de la région aux temps agités du premier Moyen Age. C'est ainsi qu'un moutier s'installe à Souillac en 655, mais il n'a guère résisté aux invasions de l'époque qui, elles aussi, suivent souvent les vallées. Quand le calme revient, à partir du Xè siècle, l'Eglise joue son rôle dans l'émergence de la société féodale et des moines bénédictins venus d'Aurillac viennent fonder le monastère Sainte-Marie. Attractif, étape sur les chemins de pèlerinage, centre de prières mais aussi d'activités économiques au sein d'une vallée aux terres fertiles, le monastère se développe et, autour de lui, Souillac prend de l'importance, devenant peu à peu une véritable ville. Au XIIè siècle, elle se dote de l'abbatiale Sainte-Marie : avec sa nef à trois coupoles couvertes de lauzes et surmontées d'un lanternon, elle mélange les influences romanes et byzantines avec une qualité architecturale qui en fait, aujourd'hui encore, le monument incontournable de la cité.

Quand on se promène dans le « vieux Souillac », on est surpris par l'aspect tortueux et étroit des nombreuses ruelles, héritées du tissu urbain médiéval. Elles convergent vers la Place du Puits, unique source où, pendant longtemps, la ville grandissante s'est approvisionnée en eau. Il faut dire que Souillac a largement bénéficié de l'essor économique de la vallée de la Dordogne à partir du XIIè siècle. Artère commerciale particulièrement active, son cours d'est en ouest à travers le Bassin Aquitain en fait un lien précieux et complémentaire entre les régions de la Basse Dordogne et celles de la Haute Dordogne. Les premières, dominées par la viticulture bordelaise, ont un grand besoin de bois. Les secondes en sont abondamment pourvues mais manquent cruellement de sel si nécessaire à la conservation des aliments et si présent dans les régions littorales. Or, par rapport à ces échanges qui s'intensifient le long du fleuve, Souillac occupe une place remarquable : c'est en effet le terminus d'une navigation remontante qui se fait le plus souvent par halage depuis les villes de Libourne ou Bergerac. Dès lors, un port se met en place qui génère une activité quotidienne, les mariniers débarquant ou embarquant les marchandises qui leur sont confiées. En même temps, des marchands de Souillac prennent de l'importance et Å“uvrent pour que la ville obtienne le statut communal, allant jusqu'au conflit avec les doyens de l'abbaye, attachés à leurs redevances, conflit qui nécessite l'intervention royale en 1253.

Les vestiges du Beffroi qui dominent la place Saint-Martin, rappellent aussi que Souillac est un carrefour d'épreuves et de tragédies. C'est d'abord la guerre de Cent Ans. Quand elle s'achève, en 1453, le commerce sur la Dordogne s'est effondré et Souillac, privé de son cordon ombilical, ruiné par les famines et les grandes épidémies, survit en état d'anémie. La reconstruction, nécessairement longue, est interrompue en 1560 par l'irruption des Guerres de Religion. La ville est plusieurs fois prise et reprise, pillée. Les bâtiments claustraux sont incendiés et le Beffroi, témoin de cet affrontement d'une rare violence, dresse aujourd'hui encore ses restes comme pour rappeler aux hommes les désastreuses conséquences de leur intolérance.

Si Souillac a tant souffert des guerres, elle le doit aussi à ses liens avec la Dordogne. La cité est un point stratégique de grande importance, l'un des meilleurs passages pour franchir le cours d'eau. Napoléon l'a bien compris qui décide, sur la route de Toulouse, de la construction du pont, achevé en 1812,  pour faire passer ses armées vers l'Espagne. Celui qui tient la ville, commande un axe de communication entre le Nord et le Midi ; le croisement avec la voie naturelle est-ouest du fleuve valorise un carrefour régional particulièrement intéressant. Cette situation dans laquelle la Dordogne est centrale, Souillac en a bénéficié en temps de paix et l'a subie en tant de troubles et de guerres.

La paix revenue, la Dordogne retrouve peu à peu son dynamisme. Les gabarres, embarcations en bois à fond plat, animent le cours d'eau une partie de l'année et le fleuve redevient le trait d'union qui rapproche les unes des autres les régions qu'il traverse. Au XVIIIè siècle, les négociants de Souillac forment une corporation puissante. La cité devient à cette époque un grand entrepôt de sel et de denrées coloniales. Mais, peu à peu, à partir du XIXè siècle, la navigation marchande sur la Dordogne s'éteint, concurrencée par le chemin de fer, puis par la route au XXè siècle. Et, une fois de plus, Souillac a suivi la Dordogne qui, après un moment de désarroi, s'adapte en s'ouvrant au tourisme. La ville confirme ainsi qu'elle doit son existence et son identité à un cours d'eau considéré comme l'un des plus beaux en Europe.